
Une des missions principales de l'escadron de chasse 3/3 "Ardennes" est l'assaut conventionnel de nuit. Un "plus" par rapport aux autres escadrons non équipés de Mirage 2000 D.
La nuit est tombée. L'escadron de chasse 3/3 "Ardennes" s'affaire tandis que la base aérienne 133 de Nancy-Ochey semble somnoler. Les Mirage 2000D sont prêts et attendent dans leurs hangarettes. Pilotes et navigateurs s'activent. L'heure est aux préparatifs du vol de nuit. Exercice prévu : une pénétration à basse altitude en territoire ennemi en vue de la destruction d'un objectif.
Dans la salle " d'ops ", le sérieux règne. Les leaders de missions donnent leurs premières directives après avoir pris en compte le scénario tactique élaboré par l'officier renseignement (OR). Les tâches de l'OR sont très diverses. Dans le cadre d'exercices interalliés dans l'espace aérien de pays étrangers (Allemagne et Hollande par exemple), il s'occupe de la gestion des objectifs d'entraînement. Il récupère notamment des photos correspondant à des sites en France et dans les pays concernés. Il est aussi chargé d'élaborer la situation tactique, sorte de cadre imaginaire où se déroule l'exercice.
Tout de suite, les équipages étudient la mission qui leur a été attribuée dans tous ses aspects.
Les pilotes et les navigateurs ont affaire à des missions bien plus complexes qu'auparavant. Une mission de pénétration de nuit, à plusieurs avions, à très basse altitude et par temps de pluie était difficilement réalisable à l'époque du Mirage III E, c'est aujourd'hui la mission principale du 2000D.
L'évolution des matériels a entraîné un changement des missions et des comportements. " L'intérêt du travail à deux est de répartir les tâches efficacement, souligne le lieutenant Franck Masinski, pilote. Pour moi, cela signifie un meilleur recul face a la situation, une capacité de réaction accrue face au danger. Aussi, lors de phases d'exécution très denses, on n'empiète pas sur le domaine de l'autre, chacun sait exactement ce qu'il doit faire. Pour assurer la réussite d'une mission, le navigateur officier systèmes d'armes est tout aussi essentiel que le pilote. "
Ensuite, pour simuler le temps de guerre, le leader impose les points d'entrée et de sortie du territoire ennemi et définit des zones interdites de survol. "Le point d'entrée est situé à ce niveau là. Le point de sortie sera quant à lui au nord-ouest de ce village. L'usine est interdite de survol et on ne peut passer qu'au sud de ce lac sinon on risque d'être trop exposé aux menaces sol-air situées selon nos sources ici et là..." Grâce à toutes ces informations, l'équipage réfléchit aux différentes tactiques à employer en tenant compte des menaces possibles.
Après ce premier survol, la vitesse supérieure est enclenchée. Les équipages vont vers le système local de préparation de mission (SLPM), sorte d'interface entre l'homme et l'avion. Les navigateurs introduisent la totalité des données dans l'ordinateur. Le SLPM calcule alors différentes trajectoires d'approche et restitue tous les détails possibles : la consommation en carburant, la vitesse, le calcul du point de largage du missile, etc. Ainsi, tout est synthétisé, analysé, décortiqué, pour que la mission se déroule dans des conditions optimales de sécurité et d'efficacité.
Une fois cette étape franchie, le briefing a lieu. La mission entière est passée en revue. Les temps de passage sont précisés. Le déroulement tactique de la mission est abordé et les possibles problèmes sont évoqués.
Un équipage part vers son Mirage 2000D. Accompagné d'un mécanicien, le pilote effectue un tour de l'avion. Tout est inspecté, aussi bien les gouvernes que les trains d'atterrissage. Pendant ce temps, le navigateur intègre les premières données dans l'ordinateur de bord. Le réacteur se met à rugir. L'avion avance. La tôle de l'astroarche, agitée par le souffle du réacteur fait office de caisse de résonance. Le Mirage 2000 D emprunte le taxiway. Enfin, lancé sur la piste et poursuivi par le dard de lumière de la postcombustion, l'appareil s'envole, se fondant dans l'obscurité ambiante.
Désormais, il ne reste "plus" qu'à effectuer une infiltration en territoire ennemi, une pénétration à 300 pieds (environ
100 m) et le bombardement d'objectif avec de l'armement guidé laser à distance de sécurité.
Le succès d'une telle mission repose sur la précision métrique de la désignation laser, donc du pod de désignation laser couplé à une caméra thermique. à l'aide du pod, le navigateur vise le point à atteindre, et ce jusqu'à une dizaine de kilomètres. La caméra thermique permet un fort grossissement de l'image. Le navigateur effectue l'acquisition de la cible, sa poursuite et enfin son illumination. La vision est aussi bonne de
jour que de nuit grâce au capteur infra-rouge de la caméra qui voit les contrastes thermiques et restitue une image de la scène observé. Ainsi, le couplage des nuances permet une bonne définition des formes.
Le laser crée une " tâche " sur l'objectif, laquelle guidera le missile après sa mise à feu ou la bombe après son largage. Une fois le missile tiré ou la bombe larguée, l'avion dégage pour garder une distance de sécurité entre lui et la zone de l'objectif. Pour ces missions d'assaut par guidage laser, le Mirage 2000 D est principalement équipé du missile air-sol 30 Laser (AS30L) et de la bombe guidée laser de 1000 kg. Plusieurs missiles AS 30L ont montré leur efficacité, notamment en ex-Yougoslavie en 1995.
Au retour sur la base, le mécanicien attend pour effectuer les vérifications d'usage après chaque vol. A l'issue du débriefing, chacun est libéré de ses obligations. Le calme revient. La nuit s'installe vraiment. Pour quelques heures encore.
Sgt Mathieu Petton
Photos Adj Haller - Sirpa Air
Article publié dans Air Actualités 508 Janvier 1998
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