
Le lieutenant-colonel Antoine Noguier, commandant de l'escadron de chasse 3/3 «
Ardennes » fut plongé dès son arrivée dans l'activité opérationnelle de
l'unité. Arrivé comme second à l'escadron le 28 août 1995, il voyait partir
quatre de ses avions sur alerte en Italie le 30 du même mois dans le cadre de
l'opération Deliberate Force. Plusieurs missiles AS 30 Laser seront tirés en
ex-Yougoslavie. Depuis, l'escadron poursuit son activité opérationnelle en étant
souvent mis en avant lors d'exercices interarmées et internationaux.
Mon colonel, que pensez-vous du Mirage 2000D ?
II répond parfaitement aux exigences actuelles. Les conflits sont à présent très médiatisés. Nous devons être à la fois efficaces et précis, pour minimiser les dommages collatéraux. à côté de cela, la sécurité de l'équipage et de l'avion est primordiale. Ceci implique, lors du tir d'un objectif, un strict respect des distances de sécurité de manière à rester hors de portée des menaces adverses.
Dans le cadre des missions de l'escadron, qu'a apporté le Mirage 2000D?
Le Mirage 2000D est un avion d'assaut conventionnel. Il accomplit les mêmes missions que le Mirage FI et le Jaguar, en reprenant leur panoplie d'armements. C'est-à-dire les tirs d'armements guidés laser ou de munitions classiques en fonction de la taille et de la valeur des
objectifs. La grande nouveauté est sa faculté à les exécuter par n'importe quel temps et avec une grande précision. Le 2000D permet l'assaut de nuit grâce au PDL-CT (N.D.L.R. : pod de désignation laser à caméra thermique) et la pénétration à basse voire très basse altitude grâce à son radar de suivi de terrain (Antilope V). Même dans le cas où ce radar tomberait en panne, l'avion a en mémoire un maillage numérique de terrain de 1 millions de km ² qui prendrait le relais. On ne peut plus dire que la météo empêche de faire la mission. La navigation est devenue beaucoup plus précise grâce à ses deux centrales à inertie recalées en position par de nombreux systèmes
automatiques dont le GPS. Les modes de tir sur coordonnées autorisent le bombardement en aveugle et les armements guidés laser offrent une précision métrique.
Quelles sont les normes d'utilisation du Mirage 2000 D ?
Il répond exactement aux mêmes normes que les appareils des autres escadrons. Un pilote effectue environ 180 heures de vol par
an dont 20 % de nuit. Il est vrai que, nos missions étant plus portées vers ce domaine, nous essayons d'en faire deux fois plus que les autres. Notre avion peut voler par tous temps, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Il répond cependant aux mêmes exigences du temps de paix concernant les minima au décollage et à l'atterrissage.
Quelles sont vos missions de tous les jours ?
L'escadron assure la formation aussi bien des pilotes que des navigateurs. Nous sommes toujours en train d'améliorer et de réfléchir sur nos techniques d'emploi. Dans cette formation, une part très importante est donnée au vol de nuit. Notre personnel navigant est particulièrement formé à l'emploi des jumelles de vision nocturne et du PDL-CT qui assure la détection et la poursuite de l'objectif désigné. Nous pratiquons également le ravitaillement en vol, de jour comme de nuit. Enfin nous participons activement aux exercices interarmées et interalliés, comme Bright Star en Egypte ou Red Flag 98 aux états-Unis, notre prochaine échéance.
Qu'a apporté la nouvelle notion d'équipage ?
Les missions sont de plus en plus denses et complexes. Leur mise en œuvre étant assurée par un équipage, une synergie parfaite est recherchée entre le pilote et le navigateur. Pour cela, le caractère humain du travail en équipe devient primordial. En effet, on ne pourrait pas tout faire tout seul. Et, en l'absence de synergie au sein de l'équipage, le résultat serait beaucoup moins bon que celui recherché.
Quel est le rôle joué par chacun des deux membres d'équipage ?
Le suivi de terrain se fait de manière automatique. En revanche, pilote et navigateur ont chacun un gros travail de surveillance. A court terme pour le pilote, qui doit par exemple être capable de réagir rapidement à une menace non détectée. à moyen et long termes pour le navigateur, qui doit maîtriser à la fois les contre-mesures électroniques du système d'autoprotection, les visées laser lors des attaques ainsi que la navigation. Sa nouvelle appellation est d'ailleurs navigateur officier systèmes d'armes. Travailler à deux suppose aussi une formation conséquente sur un système moderne. Par exemple, les missions étant beaucoup plus complexes, il faut plus de temps et de moyens pour assurer une préparation optimale.
Propos recueillis par le Sgt Mathieu Petton
Photos Adj Haller - Sirpa Air
Article publié dans Air Actualités 508 Janvier 1998
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