
Un
nouveau sanglier pour l’Ardennes.
Dans le cadre de la
restructuration actuelle de l'Armée de l'Air, la plupart des escadrons de
chasse, désormais autonomes, passent à trois escadrilles au lieu de deux
auparavant. L’Escadron de Chasse 3/3 Ardennes, sur la Base Aérienne 133 de
Nancy-Ochey s'était vu attribuer une troisième escadrille le 1er août 1994.
Il fallait donc lui associer des traditions. La transformation des équipages de
l'escadron sur leur nouveau chasseur bombardier, le Mirage 200OD (D pour
diversifié), n'avait pas permis au personnel de l' unité de le faire dans
l'immédiat. C'est désormais chose faîte puisque l'insigne de la nouvelle
escadrille vient d'être homologué par le Service Historique de l'Armée de
l'Air.
Créé en 1943 au sein des
FAFL, Forces Aériennes Françaises Libres, l'insigne de L’EC 3/3 Ardennes
représente le profil d'une hure de sanglier sur barre rouge et bleue, couleurs
respectives de ses deux escadrilles. L’idée de l'escadron était de reprendre
cette tête en lui attribuant une barre verte, couleur traditionnelle de la
chasse et de la FATAC, devenue FAC, Force Aérienne de Combat.
Mais, au regard des
nombreuses mises en sommeil de traditions de l'Armée de l'Air à cause des différentes
dissolutions d'unités, il a été demandé à l'Ardennes de reprendre des
traditions existantes.
Pour le 3/3, le choix était
limité car il n'existait qu'une seule escadrille dont l'insigne représentait
un sanglier : la BR 44 Sanglier assis.
L'escadrille 44 a été
constituée le 4 avril 1915, d'abord équipée d'avions Maurice Farman, F.40,
avec moteur Salmson de 160 ch. La MF 44 était alors chargée de missions de
reconnaissance, de photographie aérienne et de réglages d'artillerie. Au cours
d'avril et mai 1915, plusieurs reconnaissances de nuit furent exécutées avec
succès. Enhardie par ces résultats très satisfaisants, l'escadrille se lança
également dans le bombardement de nuit. L’insigne de l'unité était alors un
fer à cheval. En juin 1917, l'escadrille fut dotée d'avions Dorand-Renault
A.R. type 1 et devint donc l'AR 44. Le matériel fut rénové en janvier 1918,
les équipages recevant avec joie le Breguet 14. L'escadrille prît alors sa dénomination
définitive de Br-44. Sur le terrain d'Habsheim, en Alsace, tout près de
Mulhouse, la Br 44 fut dissoute une première fois le 11, mai 1919. Elle fut
transformée, le 1er janvier 1920, en 207e
puis 10e Escadrille
du 1er Régiment d'aviation de bombardement. Le 1er
janvier 1924, elle devint la 2e escadrille du 11e Régiment
de bombardement de jour, basé à Metz. Dix ans plus tard, elle devint le groupe
de bombardement II/11 au sein de la 11e Escadre,
sur Bloch 200, puis sur LeO 451.
Le Groupe de bombardement
II/11 fut affecté en 1939 à la zone d'opérations des Alpes au sein du
groupement numéro 11. Sa première mission de guerre eut lieu le 13 juin 1940
contre l’Italie. Le 18 juin 1940,
le II/11, préparant un
bombardement sur les colonnes motorisées allemandes aux environs de Dijon,
recul l'ordre de finalement gagner Blida, en Algérie. Une ultime mission, le
bombardement de Palerme fut exécutée le 23 juin 1940. Le 15 août 1940. le GB
II/11 fut dissous à Marrakech.
Le 20 février 1967, les
traditions du groupe furent reprises par l'ERV4/94 Sologne.
Escadron de Ravitaillement en Vol, créé deux ans plus tôt sur la base
d’Avord. Faisant partie intégrante de la 94 Escadre de Bombardement sur
« Mirage IVA ». Le 1er juillet 1976, le 4/94 intégra la
nouvelle 93e Escadre de ravitaillement en vol et devint alors le
II/93 jusqu'à dissolution le 1er juillet 1993. Mais comme au sein
des FAS il n’existe pas d’escadrille constituée, seul l'insigne
d’escadron du Sologne avait été homologué: un sanglier debout sur ses
quatre pattes... le sanglier assis original ayant été jugé trop peu agressif.
C’était une erreur car le sanglier s'assoit juste avant de charger: c'est
donc un animal prêt à bondir que représentait l'insigne originel et qui a été
repris par le 3/3 Ardennes dont la devise est : Je ne recule ni ne dévie.
Toutefois, il a été modifié avec trois barres de couleurs verte, bleue et
rouge.
Dominique Joly
Article publié dans
« Le fana de l’aviation » de juin 1996.